Ibn ‘Arabî et la mystique soufie

Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur la pensée d’un praticien du soufisme, Ibn ‘Arabî. Ce dernier était un penseur, philosophe, métaphysicien et poète qui a vécu entre le XIIe et le XIIIe siècle. Il appartient au courant mystique du soufisme et est souvent considéré comme le plus grand penseur de cette tradition. En somme, il est incontournable pour quiconque souhaite s’intéresser au soufisme.

Cependant, Ibn ‘Arabî n’est pas, à mon avis, le penseur le plus facile à lire. Nous allons donc aborder certains aspects de son discours avec précaution, en lien avec ce que nous avons déjà exploré dans d’autres articles.

Liens entre soufisme et non-dualisme hindou

Lors de notre dernière discussion sur le soufisme, nous avions beaucoup parlé du dhikr. Pour rappel, le dhikr est cet exercice qui consiste à répéter continuellement le nom de Dieu ou une prière qui contient ce nom, tout au long de la journée. Nous avions mentionné le soufi Al-Alawi, qui décrivait comment la pratique du dhikr permet de s’élever spirituellement dans la quête du divin.

À l’époque, j’avais immédiatement fait un rapprochement entre la pratique du dhikr dans le soufisme et la prière du cœur dans le christianisme, dont nous avons également beaucoup parlé. J’avais noté une grande ressemblance entre l’hésychasme du christianisme et le soufisme de l’islam, deux courants mystiques très proches dans leurs doctrines et pratiques.

Aujourd’hui, nous allons étudier la pensée d’Ibn ‘Arabî. En le lisant, c’est cette fois-ci avec l’hindouisme, notamment les doctrines de la non-dualité, que nous sommes tentés de faire des rapprochements.

Il y a du bon dans chaque croyance

Un auditeur de la chaîne mentionnait récemment une certaine confusion face aux grandes ressemblances entre les différentes mystiques, au point de ne plus savoir à laquelle se fier, se demandant s’il avait choisi la bonne religion. C’est intéressant, car Ibn Arabi, il y a environ 800 ans, a abordé ce sujet en disant :

« Prenez garde de vous confiner à une croyance particulière et de nier tout le reste, car beaucoup de bien vous échapperait – en fait, la connaissance de la vérité est trop formidable pour être limitée à une croyance plutôt qu’à une autre. »

C’est une pensée puissante, surtout venant d’une figure du soufisme, rattaché à l’islam. Contrairement à l’approche plus exclusive que l’on associe souvent à l’islam, Ibn ‘Arabî nous invite à l’ouverture : la vérité est si vaste qu’elle ne peut se limiter à une seule croyance. Selon lui, il est bénéfique de s’intéresser aux autres traditions spirituelles.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il prône le syncrétisme, c’est-à-dire la fusion de toutes les croyances en une seule. Si vous écoutez divers penseurs, vous entendrez souvent que différentes voies spirituelles existent, qu’elles soient très intellectuelles ou plus religieuses et dévotionnelles. Il ne s’agit donc pas de mélanger ces voies, mais de reconnaître que chacune mérite d’être entendue.

On peut reprendre l’allégorie de la montagne : pour gravir une montagne, il existe de nombreux chemins, chacun ayant ses qualités et ses défauts, mais tous menant au sommet. Il ne faut pas croire que le seul chemin que l’on emprunte est le bon.

Cela dit, il faut nuancer cette idée. Ibn ‘Arabî ne dit pas que toutes les croyances se valent. En tant que soufi, il reste attaché à la doctrine musulmane, qu’il considère supérieure aux autres. Cependant, il fait preuve d’honnêteté intellectuelle et d’humilité en reconnaissant que d’autres doctrines spirituelles ont aussi des choses à offrir dans notre quête de vérité. C’est pourquoi il conseille de ne pas « se confiner à une croyance particulière et nier tout le reste », car cela pourrait nous priver de nombreuses richesses spirituelles.

Dieu métaphysique et indescriptible

Entrons maintenant dans le cœur du sujet. Avec Ibn ‘Arabî, nous découvrons une conception de Dieu, de la mystique et de la métaphysique, ainsi qu’une vision du rapport entre Dieu et l’homme, qui rappelle fortement la philosophie non-dualiste des traditions hindoues. Plus concrètement, pour ceux qui suivent ma chaîne, lire Ibn ‘Arabî donne souvent l’impression d’entendre Ramana Maharshi et les courants hindous du jnana-yoga et de l’advaita vedanta, des doctrines de la non-dualité.

Un premier point intéressant à noter est que, bien qu’Ibn ‘Arabî soit un représentant du soufisme, un sous-courant de l’islam, une religion en apparence dualiste, sa pensée remet en question cette dualité. Dans une perspective dualiste, on pourrait penser qu’il y a Dieu d’un côté et l’homme de l’autre, ou Dieu et la création, ce qui implique une multiplicité : Dieu, les hommes, la création, les objets, les arbres, les nuages, etc. À première vue, on pourrait donc conclure que cette vision est dualiste.

Or, cette approche semble en contradiction avec les doctrines non-dualistes, qui soutiennent qu’il n’existe pas de multiplicité. Selon ces doctrines, il n’y a que le Soi, la seule réalité existante, et toute perception de multiplicité, d’arbres, de nuages, etc., n’est qu’une illusion.

Cette doctrine de la non-dualité, que nous avons déjà explorée en détail chez Ramana Maharshi, se retrouve étonnamment aussi chez Ibn ‘Arabî. Il reprend pleinement les idées non-dualistes telles qu’on les trouve dans l’advaita vedanta et rejette toute forme de dualité. Voyez comment il décrit Dieu :

« À propos de Lui, il n’y a ni avant, ni après, ni haut, ni bas, ni près, ni loin, ni comment, ni quoi, ni où, ni état, ni succession d’instants, ni temps, ni espace, ni être. »

Ibn ‘Arabî nous explique ainsi que Dieu est une entité dépourvue de tout concept, une « chose métaphysique » qui échappe à toutes les notions physiques comme l’espace, le temps ou l’évolution. Il s’agit donc d’une description d’un Dieu indéfinissable, immatériel et intemporel, qui correspond étroitement à la conception du Soi dans l’hindouisme. Mais bien sûr, cela ne s’arrête pas là.

L’unicité de Dieu

Ibn ‘Arabî explique aussi :

« Il n’y a ni externe ni interne hormis Lui, et cela sans que des objets se changent pour devenir Lui, ou que Lui, Il se change pour devenir des objets. Il importe de bien comprendre cet arcane, de peur de tomber dans l’erreur de ceux qui croient aux incarnations de la Divinité. Il ne se trouve pas dans quelque chose et aucune chose ne se trouve en Lui par une entrée ou une sortie quelconque. »

Ibn ‘Arabî nous éclaire ici sur l’unité (ou unicité) absolue de Dieu. Le texte d’où est tirée cette citation est d’ailleurs intitulé le « Traité de l’unité« , ce qui montre bien l’importance de cette notion. Il insiste sur le fait qu’il n’existe rien d’autre que Dieu : ni interne ni externe à Lui. Dieu n’a donc pas créé des choses extérieures à Lui, car ce serait admettre l’existence de quelque chose en dehors de Dieu. De même, Dieu n’est pas le contenant dans lequel se dérouleraient des événements. Il ne se transforme pas en objets, ne s’incarne pas dans des formes matérielles, et réciproquement, les choses ne s’incarnent pas en Lui.

Ibn ‘Arabî exprime ici une idée centrale qui, une fois encore, s’aligne parfaitement avec la doctrine de la non-dualité des hindous : il n’existe QUE Dieu, et rien d’autre. Il n’y a pas Dieu et la création, ou Dieu et des objets. Il n’y a que Dieu, qui est unique et seul.

Tu n’existes pas

Affirmer qu’il n’y a rien d’autre que Dieu conduit naturellement à nier l’existence de tout le reste, y compris celle de la multiplicité que nous croyons percevoir autour de nous. Cela remet même en cause notre propre existence individuelle. Ici encore, nous retrouvons un thème central de la pensée non-dualiste des hindous, également présent chez Ibn ‘Arabî : l’idée que la personnalité individuelle, l’ego, n’existe pas.

Ibn ‘Arabî dit :

« Personne ne peut Le voir, sauf Lui-même. Personne ne Le saisit, sauf Lui-même. Personne ne Le connaît, sauf Lui-même. Il Se voit par Lui-même. Il Se connaît par Lui-même. Tu n’es pas toi, mais Lui ; Lui et non toi ; Il n’entre pas en toi et tu n’entres pas en Lui ; Il ne sort pas de toi et tu ne sors pas de Lui. Je ne veux pas dire que tu es ou que tu possèdes telle ou telle qualité. Je veux dire que tu n’existes absolument pas, et que tu n’existeras jamais ni par toi-même ni par Lui, dans Lui ou avec Lui. Tu ne peux cesser d’être, car tu n’es pas. Tu es Lui et Lui est toi, sans aucune dépendance ou causalité. Si tu reconnais à ton existence cette qualité (c’est-à-dire le néant), alors tu connais Dieu. »

Cette citation met en lumière un point capital de la pensée soufie, souvent mal perçu par les musulmans plus traditionnels. Ibn ‘Arabî martèle l’idée que « toi », en tant qu’individu, tu n’existes pas. En tant que Robert Dupont, par exemple, tu n’existes pas. Mais son propos va encore plus loin : tu n’existes absolument pas, et tu n’existeras jamais ni par toi-même, ni par Lui, ni en Lui, ni avec Lui. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe rien d’autre que Dieu. C’est pourquoi il conclut en affirmant : « Tu es Lui, et Lui est toi ». Autrement dit : tu es Dieu, et Dieu c’est toi.

Pour enfoncer le clou, il précise que cela se fait « sans dépendance ni causalité ». Ce n’est donc pas une relation de cause à effet où Dieu t’aurait créé, t’aurait donné un ego ou une individualité. Non, il n’y a jamais eu autre chose que Dieu, et Dieu, c’est toi.

Dualisme et Association

Ibn ‘Arabî, en affirmant « Dieu, c’est toi », pose un défi majeur pour les musulmans traditionnels. Cette déclaration radicale suggère que Dieu est en tout, que chaque individu est une manifestation de Dieu. Dans un contexte musulman, cette idée peut être perçue comme de l’association (shirk), l’un des péchés les plus graves en islam. L’association, c’est reconnaître l’existence d’autres dieux ou de puissances divines aux côtés de Dieu. Donc, dire que Robert Dupont, ou n’importe qui, est Dieu pourrait sembler être une forme d’association.

L’association est considérée comme un déni de l’unicité absolue de Dieu (Tawhid). Pour les soufis, et en particulier pour Ibn ‘Arabî, cela a toujours été un point de controverse. Un exemple frappant est celui de Mansour Hallaj, un autre mystique soufi, qui a vécu quelques siècles avant Ibn Arabi. Hallaj a été exécuté pour avoir proclamé « Je suis la Vérité », ce qui, dans le contexte, signifiait « Je suis Dieu ». Cependant, Hallaj ne voulait pas dire qu’il était Dieu en tant qu’individu séparé, mais plutôt que son individualité n’existait pas réellement, car seul Dieu existe. Donc, s’il existe quelque chose, cela ne peut être que Dieu.

Ce qui est crucial ici, c’est que Ibn Arabi, sur la même ligne que Mansour Hallaj, va encore plus loin en affirmant que ce qu’il dit, « Je suis Dieu », non seulement n’est pas de l’association, mais que c’est justement le contraire. Selon lui, nier que « Je suis Dieu » serait en réalité de l’association.

Ibn ‘Arabî critique ceux qui, en rejetant la notion que quelqu’un puisse dire « Je suis Dieu », adoptent une pensée dualiste. S’ils affirment que Robert Dupont n’est pas Dieu, ils sous-entendent qu’il existe quelque chose en dehors de Dieu. Cela revient à dire que Dieu n’est pas seul et qu’il y a, à côté de Dieu, une autre existence, celle de Robert Dupont, par exemple. Cela, selon Ibn ‘Arabî, constitue la véritable association. En d’autres termes, si l’on croit en l’existence d’un individu distinct de Dieu, on admet l’existence d’autres choses aux côtés de Dieu, ce qui est une forme de dualisme.

Pour Ibn ‘Arabî, reconnaître que quelque chose d’autre que Dieu existe revient à attribuer l’existence à quelque chose d’autre que Dieu, ce qui est inacceptable. Il insiste sur le fait qu’il n’existe rien d’autre que Dieu, et que toute chose que nous voyons autour de nous, y compris nous-mêmes, est Dieu. Si l’on considère qu’une chose n’est pas Dieu, alors on tombe dans le dualisme, ce qui, pour Ibn Arabi, est une forme d’association inacceptable.

Soufisme et Hindouisme

Ibn ‘Arabî, dans son approche mystique, se rapproche étonnamment des doctrines non-dualistes de l’Advaita Vedanta hindou, qui enseignent que seule l’existence du Soi est réelle. Ramana Maharshi, un maître de l’Advaita, répétait que rien d’autre que le Soi n’existe ; le monde et tout ce qu’il contient sont illusoires. De même, Ibn ‘Arabî affirme qu’il n’y a rien en dehors de Dieu : ni création, ni objets séparés de Dieu. Le Soi ou Dieu est seul et unique, sans second.

Fana et Dissolution de l’Ego

Dans le soufisme, le concept de « Fana » (extinction) est central. Il s’agit de l’extinction de la conscience de soi-même, une forme de dissolution de l’ego où l’individu perd conscience de son existence séparée. Ce concept est similaire à la dissolution de l’ego dans l’hindouisme, où l’ego est perçu comme une illusion à transcender pour atteindre l’illumination.

Ibn ‘Arabî fait une remarque cruciale en soulignant que la gnose (la connaissance divine ou l’éveil) ne découle pas de la destruction de l’ego, car l’ego n’a jamais réellement existé. Il explique que croire en l’existence de l’ego revient à reconnaître une réalité qui n’est qu’une illusion. Cela fait écho aux enseignements de Ramana Maharshi, qui invitait ses disciples à examiner l’ego pour réaliser qu’il n’a jamais existé. Pour Maharshi, le processus n’est pas de détruire l’ego, mais de comprendre qu’il est une illusion. Une fois cette illusion dissipée, il ne reste que la réalité du Soi, la seule existence véritable.

Ibn ‘Arabî, en écho à cette perspective, affirme que la connaissance de Dieu (ou du Soi dans un contexte hindouiste) ne peut être atteinte que lorsque l’on comprend qu’il n’y a jamais eu d’ego, ni de réalité séparée en dehors de Dieu. Cette réalisation, selon lui, est le cœur de la gnose.

Voir les choses de la bonne manière

Dans cette perspective de non-dualité, il est évident que notre perception des choses est souvent erronée. Que ce soit dans le bouddhisme, l’hindouisme, ou le soufisme, il est souligné que nous vivons dans l’illusion, particulièrement celle de l’ego, ce qui nous empêche de voir la réalité telle qu’elle est. Cette idée revient constamment : nous ne percevons pas les choses de la manière correcte.

Dans cette optique non-dualiste, même la recherche de l’union divine ou mystique est considérée comme une erreur. En cherchant à s’approcher de Dieu, on suppose qu’il y a une séparation initiale entre nous et Dieu, ce qui relève du dualisme. Dire « je m’approche de Dieu » suppose une distance, une séparation entre soi et le divin. Selon ces doctrines, il n’existe que Dieu ou le Soi, et toute idée de séparation est une illusion.

Adopter une vision non-dualiste des choses n’est pas facile, car cela va à l’encontre de notre perception habituelle du monde. Nos conditionnements mentaux nous poussent à voir la réalité d’une manière qui n’est pas conforme à la vérité ultime. Comme le dit le bouddhisme, il faut voir les choses telles qu’elles sont réellement, au-delà des voiles de nos conditionnements, ou samskaras.

Ramana Maharshi, et d’autres penseurs non-dualistes, soulignent que l’éveil ne change pas nécessairement ce que nous voyons, mais la manière dont nous le voyons. Une métaphore hindoue célèbre illustre cette idée : celle de la corde et du serpent. Dans l’obscurité, vous pouvez prendre une corde pour un serpent et ressentir de la peur. Mais lorsque vous réalisez que ce n’est qu’une corde, la peur disparaît. Vous voyez toujours la même chose, mais votre perception, et donc votre réaction, a complètement changé. Cette métaphore montre comment l’éveil change notre compréhension, même si la réalité extérieure reste inchangée.

La nature de l’Existence

Lorsqu’on regarde une fleur, on est souvent tenté de dire : « Cette fleur existe. » Mais selon Ibn ‘Arabî, c’est une erreur de perception. Nous avons tendance à voir la fleur comme un objet auquel nous attribuons des propriétés, comme l’existence, la couleur, la forme, etc. Cependant, Ibn ‘Arabî propose une perspective radicalement différente : il ne faut pas dire que la fleur existe, mais plutôt que l’Existence se manifeste sous la forme d’une fleur.

Cette distinction est plus qu’une simple nuance sémantique. Ibn ‘Arabî, dans sa vision non-dualiste, affirme qu’il n’existe que Dieu. Par conséquent, dire que la fleur « existe » de manière indépendante reviendrait à introduire une dualité, voire à commettre de l’association, en postulant une existence en dehors de Dieu.

Or, si on part du principe que Dieu est l’Existence absolue, alors tout ce qui semble exister n’est en réalité qu’une manifestation de cette Existence unique. La fleur n’est donc pas une entité à part entière ; elle est une expression, une forme particulière que prend l’Existence divine. Ainsi, quand vous regardez la fleur, vous ne voyez pas un objet distinct appelé « fleur », mais une manifestation de l’Existence elle-même, c’est-à-dire de Dieu.

Dieu est toute chose

Ce concept fondamental soutient que Dieu est la substance originelle de tout ce qui existe. Si l’on part du principe qu’il n’y a que Dieu, alors tout ce que nous percevons est une manifestation de Dieu. Ce n’est pas que Dieu a créé toutes ces choses de manière indépendante, mais qu’Il est ces choses elles-mêmes.

Cette idée s’aligne également avec les enseignements du bouddhisme, qui suggèrent que les objets ne sont que des agrégats de la substance primordiale, et avec ceux de Ramana Maharshi, qui affirme que le Soi est à l’origine de tout. Maharshi utilise souvent l’exemple de l’or : bien que l’or puisse prendre la forme de bracelets, de colliers ou de pièces, il n’y a finalement qu’une seule substance, l’or. De même, toutes les formes que nous percevons sont simplement des manifestations d’une seule réalité sous-jacente.

Ibn ‘Arabî nous invite donc à voir Dieu dans toutes les choses que nous observons. Cette idée n’est pas unique à lui ; elle est présente dans diverses traditions spirituelles. Par exemple, Padre Pio, un saint catholique, exhortait les croyants à voir Dieu en toute chose, bien qu’il ne parlait pas de non-dualité comme Ibn ‘Arabî.

Le point clé ici est que pour voir les choses telles qu’elles sont, il faut percevoir en elles non pas ce qu’elles semblent être, mais reconnaître le principe primordial qui les sous-tend, c’est-à-dire Dieu ou le Soi. Ce n’est pas une question de dire que Dieu a créé la fleur, mais que Dieu est la fleur, et que lorsque vous regardez une fleur, vous contemplez un aspect de Dieu.

Ainsi, où Ramana Maharshi dit qu’il n’y a ni bracelet ni pièce d’or, mais seulement de l’or, et où le bouddhisme dit qu’il n’y a pas d’objet distinct, mais seulement des agrégats d’une substance première, Ibn ‘Arabî dit qu’il n’y a pas une fleur ici et un ego là, mais seulement Dieu. Reconnaître l’existence absolue de Dieu ou du Soi conduit à voir tout le reste comme des manifestations de cette unique réalité. Refuser cela, c’est nier la non-dualité et l’unicité absolue de Dieu ou du Soi.

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